La recherche-action


Définition et principes

La recherche-action est définie dès 1947 par Kurt Lewis, psychologue américain pionnier dans le domaine de la psychologie sociale, comme « une démarche fondamentale dans les sciences de l’homme, qui naît de la rencontre entre une volonté de changement et une intention de recherche » (Lewin, 1947). Elle répond à un double objectif : être guidée par l’action tout en contribuant à la recherche.
La recherche-action est aussi décrite comme « un processus démocratique de participation, destiné à produire des connaissances pratiques, à partir de la mise en relation de l’action et de la réflexion, de la théorie et de la pratique, sous le principe d’une participation d’ensemble » (Reason & Bradbury, 2001).
La démarche participative est destinée à initier ou conduire un changement social à partir de l’appropriation des connaissances produites. Le processus cyclique de la recherche-action, ainsi que la nécessité d’une culture commune entre les parties prenantes, sont souvent mis en avant.
La recherche-action participative va ainsi au-delà du processus de co-création de savoirs : elle favorise aussi la remise en question des intérêts et des positions dominantes (groupes d’intérêt)


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Pourquoi une démarche de recherche-action en agroécologie ?

Face aux défis posés par les crises dans les filières agricoles, l’impact écologique du système alimentaire mondialisé, et les difficultés d’adaptation aux changements climatiques, la communauté scientifique se mobilise pour tenter d’apporter des réponses. Cependant, la construction de la connaissance s’opère de manière largement déconnectée des enjeux réels auxquels sont confrontés les acteurs.trices d’un territoire. Les démarches de recherche « conventionnelles » ne sont toujours en adéquation avec l’ampleur des enjeux, et surtout, elles peinent à prendre en compte la complexité des systèmes et à produire une analyse critique des forces en présence.
Notre démarche de recherche-action sur l’agroécologie paysanne permet de resserrer les liens entre les hypothèses de recherche d’une part et les besoins concrets d’autre part, de répondre à des défis par des actions innovantes, et de s’engager sur des terrains expérimentaux, comme la mise en place de dynamiques collectives ou la construction de démarches multi-acteurs.
Les objectifs de la recherche-action menée dans les Hautes-Alpes sur l’agroécologie paysanne sont multiples :

  1. Tester une démarche de recherche-action participative comme approche innovante pour aborder la complexité des systèmes de production, renforcer l'agroécologie paysanne comme paradigme de développement de l'agriculture et inventer des modes d'échanges et de collaboration entre paysans et chercheurs
  2. Proposer un état des lieux du système alimentaire des Hautes-Alpes à partir de critères pertinents du point de vue de l'agroécologie paysanne et dégager des pistes d'action pour renforcer les liens agriculture-alimentation sur le territoire
  3. Contribuer à une meilleure connaissance des risques climatiques et des pratiques d'adaptation grâce à un dialogue paysans-chercheurs approfondi sur l'agriculture de montagne, le changement climatique et les savoir-faire paysans
  4. Recenser, répertorier et rendre accessible au plus grand nombre les savoir-faire paysans indispensables à une réorientation de l'agriculture vers des systèmes plus respectueux de l'environnement
  5. Dégager des pistes concrètes pour développer une agroécologie adaptée aux territoires de montagne, plus résiliente face aux risques climatiques, et mieux ajustée aux besoins alimentaires locaux.


L’ADN DU PROJET : UN PROCESSUS CYCLIQUE

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Approche transdisciplinaire

La recherche en agroécologie part souvent d’une démarche itérative et expérimentale, qui cherche à intégrer la notion de complexité et les approches systémiques. Notre projet de recherche-action s’intéresse particulièrement aux processus de changement et de transition. Il prend en compte les dimensions sociales, économiques, écologiques et politiques de la transition agroécologique. Il vise par exemple à établir des liens entre des domaines généralement étudiés séparément, comme la question de la durabilité des systèmes alimentaires, celle de l’adaptation au changement climatique ou encore celle de la place des femmes dans l’agriculture paysanne.


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Faire émerger des pistes d’action concrètes

Le projet se démarque ainsi des approches classiques (analyse de la vulnérabilité, approches par filières…) pour faire émerger une analyse et des actions systémiques, aptes à accompagner les transitions nécessaires vers des modèles et des systèmes soucieux de la préservation d’équilibres environnementaux, sociaux ou économiques.
La compréhension du système alimentaire haut-alpin dans sa globalité, ainsi que l’identification d’espaces déjà investis ou à investir pour favoriser le processus de relocalisation alimentaire (comme l’installation d’une fromagerie, la ré-ouverture d’un abattoir de proximité, ou la mise en place d’un magasin de producteurs.trices), font partie intégrante du projet de recherche-action.
De même, le volet sur l’adaptation au changement climatique intègre non seulement une meilleure connaissance de la manière dont les aléas climatiques se manifestent sur le territoire, et de leur impact sur les pratiques agricoles existantes, mais aussi l’identification de pistes concrètes pour l’adaptation au changement climatique. Le projet accompagne la mise en œuvre, à une échelle locale, de dynamiques collectives favorisant l’adaptation, comme la valorisation de variétés fourragères adaptées aux épisodes de sécheresse et les échanges de semences.

Pour aller plus loin

Bibliographie

- DAVID M. (2002), « Problems of participation: the limits of action research », International Journal of Social Research Methodology, vol.5, n°1, p.11-17.
- GREENWOOD D.J. et LEVIN M. (1998), « Action Research, Science, and the Co-optation of Social Research », Studies in Cultures, Organizations & Societies, vol.4, n°2, p.237-262.
- LEWIN K. (1947), « Frontiers in Group Dynamics: II. Channels of Group Life; Social Planning and Action Research », Human Relations (1:2), pp. 143-153
- Pimbert, M. (2011) Participatory Research and On-Farm Management of Agricultural Biodiversity in Europe, IIED, London.
- Pimbert, M. and Wakeford, T., 2003, Prajateerpu, Power and Knowledge, The Politics of Participatory Action Research in Development, Action Research, Vol. 1(2): 184–207
- REASON Peter and BRADBURY Hilary, 2001, Handbook of action research: Participative Inquiry and Practice, Sage Publications.

Liens

- Centre for Agroecology, Water and Resilience, University of Coventry, Royaume-Uni